Une démarche auprès de l'ONU qui suscite des interrogations
Selon une note publiée le 2 novembre par le Réseau haïtien des journalistes anti-corruption (RHAJAC), UNA-Haïti aurait participé à une démarche auprès des Nations unies pour dénoncer des bombardements et des interventions militaires dans plusieurs zones contrôlées par les gangs, notamment à Croix-des-Bouquets, Canaan et dans la Plaine du Cul-de-Sac.
Le RHAJAC réclame une enquête sur les circonstances de cette initiative et sur d'éventuelles interventions politiques derrière la correspondance.
Ces accusations demeurent toutefois non vérifiées indépendamment. La lettre originale attribuée à UNA-Haïti n'a pas été rendue accessible dans les documents examinés, et aucune réponse de l'organisation n'a été retrouvée.
La controverse intervient alors que les opérations salvadoriennes contre les gangs suscitent à la fois des espoirs de rétablissement de la sécurité et des préoccupations concernant leur encadrement juridique et leurs conséquences pour les civils.
Et les milliers de victimes des gangs, qui défend leurs droits ?
Depuis plusieurs années, les groupes armés imposent leur loi à des quartiers entiers. Des familles sont massacrées, des femmes subissent des violences sexuelles, des commerçants perdent leurs activités et des milliers d'enfants sont privés d'école.
Selon les Nations unies, plus de 1 000 personnes ont été tuées entre juillet et septembre 2026. Le nombre de déplacés internes approche 1,5 million, dont plus de 740 000 enfants.
Face à cette tragédie, une interrogation s'impose : les organisations qui dénoncent les risques d'abus lors des opérations militaires accordent-elles une attention comparable aux victimes des gangs ?
La question mérite des réponses documentées, notamment sur les actions entreprises pour accompagner les familles endeuillées, dénoncer les massacres et réclamer des poursuites judiciaires contre les responsables.
Défendre les droits humains ne signifie pas protéger les criminels de la justice
La protection des droits humains constitue une obligation universelle. Elle s'applique aux citoyens ordinaires, aux personnes soupçonnées de crimes et même aux individus appartenant à des organisations armées.
Cependant, le respect de ces droits ne doit jamais être confondu avec l'impunité.
Les forces de sécurité doivent respecter le droit applicable, protéger les civils et éviter les attaques indiscriminées. Mais les membres des gangs responsables d'enlèvements, de meurtres et de violences doivent également répondre de leurs actes devant la justice.
L'ONU elle-même condamne les violences des gangs et appelle les autorités haïtiennes à renforcer la protection de la population.
UNA-Haïti appelée à clarifier sa position
Au regard des accusations formulées, plusieurs questions méritent d'être adressées directement à UNA-Haïti.
L'organisation a-t-elle effectivement demandé l'interruption des opérations salvadoriennes ? A-t-elle dénoncé des incidents précis impliquant des civils ? Quelles preuves possède-t-elle ? Quelles initiatives a-t-elle prises pour défendre les victimes des gangs ?
Sans accès à la correspondance originale et sans réponse officielle de l'organisation, il serait prématuré d'affirmer qu'UNA-Haïti privilégie la vie des membres de gangs au détriment de celle des citoyens.
Mais la transparence sur ses démarches et ses priorités contribuerait à éclairer le débat public.
La première urgence reste la protection de la population
Les Haïtiens ont droit à la sécurité, à la justice et à une vie sans terreur. La lutte contre les gangs ne peut réussir durablement sans institutions responsables, sans protection des civils et sans poursuites contre les auteurs des violences.
La vie d'un citoyen innocent ne doit jamais devenir secondaire dans les débats sur les droits humains.
Dénoncer les abus éventuels des forces de sécurité et exiger la fin des crimes commis par les gangs ne sont pas deux combats opposés. Ce sont deux exigences indissociables d'un véritable État de droit.
Pour UNA-Haïti comme pour les autres organisations engagées dans ce débat, l'enjeu est donc de démontrer, par des actes et des positions publiques vérifiables, que les victimes des gangs occupent toute la place qu'elles méritent.
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