Port-au-Prince, 22 octobre 2026. — Une nouvelle controverse politique éclate autour de la gestion des municipalités haïtiennes. Dans une publication diffusée ce jeudi sur son compte X, l'avocat André Michel remet en question la pertinence de la demande de démission adressée aux agents exécutifs intérimaires par le ministère de l'Intérieur et des Collectivités territoriales (MICT).

Pour l'homme politique, cette exigence intervient à un moment où les autorités ne sont toujours pas en mesure de garantir une date définitive pour les prochaines élections.

Il estime qu'il serait incohérent de demander à des responsables communaux de quitter leurs fonctions alors que les perspectives électorales demeurent incertaines.

Une circulaire ministérielle à l'origine de la controverse

Le 12 octobre 2026, le ministère de l'Intérieur, dirigé par Paul Antoine Bien-Aimé, a publié une note circulaire rappelant aux agents exécutifs intérimaires désireux de se porter candidats aux prochaines élections leur obligation de démissionner au plus tard le 15 octobre.

Cette mesure repose, selon le ministère, sur l'article 388 du décret électoral, qui prévoit un délai de sept jours après la publication du texte pour que les responsables concernés quittent leurs fonctions.

Il convient toutefois de préciser que cette obligation concerne les agents exécutifs intérimaires souhaitant être candidats, et non l'ensemble des responsables municipaux.

Le ministère présente cette disposition comme une exigence légale destinée à encadrer la participation des responsables publics aux prochaines compétitions électorales.


André Michel dénonce une manœuvre politique

Dans son message publié le 22 octobre, André Michel va plus loin qu'une simple critique du calendrier électoral.

Il accuse directement le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé de vouloir utiliser les démissions pour remplacer certains responsables municipaux par des sympathisants de sa propre plateforme politique.

Selon l'avocat, la démarche gouvernementale pourrait ainsi servir des intérêts politiques plutôt que répondre uniquement aux exigences de l'organisation des élections.

Cette accusation demeure cependant une interprétation politique de la décision ministérielle. Aucun élément présenté dans la publication ne permet d'établir que les démissions seraient effectivement destinées à favoriser des nominations partisanes.

Des responsables municipaux refusent de quitter leurs fonctions

La circulaire du ministère de l'Intérieur suscite également des résistances parmi certains agents exécutifs intérimaires.

Selon des informations rapportées par plusieurs médias haïtiens, des responsables communaux ont exprimé leur refus de démissionner sans disposer d'un calendrier électoral clair.

Le cas de Wilson Jeudy, agent exécutif intérimaire de Delmas, a notamment alimenté les discussions.

Alors qu'il avait manifesté des ambitions présidentielles, son refus rapporté de quitter la mairie a suscité des interrogations sur l'application des dispositions électorales.

Des organisations ont également demandé aux autorités de préciser les conséquences juridiques auxquelles s'exposeraient les responsables concernés qui ne respecteraient pas l'échéance fixée.


Qui remplacera les agents exécutifs intérimaires démissionnaires ?

Au-delà de la polémique, la question du remplacement des responsables municipaux constitue un enjeu important.

Le départ d'agents exécutifs intérimaires pourrait entraîner de nouvelles nominations à la tête de certaines administrations communales.

Dans un contexte de transition politique, ces désignations pourraient susciter des contestations si les critères de sélection ne sont pas clairement établis.

La transparence des procédures, les qualifications des personnes désignées et leur indépendance vis-à-vis des formations politiques constituent donc des questions essentielles.

Pour l'instant, les accusations formulées par André Michel ne permettent pas de conclure à l'existence d'un plan gouvernemental de contrôle partisan des municipalités.

Un calendrier électoral toujours incertain

Cette controverse intervient alors que le Conseil électoral provisoire poursuit ses consultations avec les partis politiques, les regroupements et les organisations de la société civile pour actualiser le calendrier électoral.

L'insécurité, les contraintes logistiques et les difficultés institutionnelles continuent de peser sur les préparatifs du scrutin.

Pour les agents exécutifs intérimaires souhaitant participer aux élections, cette incertitude soulève une difficulté particulière : quitter une fonction administrative sans connaître précisément la date à laquelle la compétition électorale se déroulera.

La question dépasse donc le seul respect des dispositions du décret électoral. Elle concerne également la continuité des services municipaux et la confiance des acteurs politiques dans les décisions prises par les autorités de transition.

À mesure que les discussions électorales avancent, le gouvernement devra clarifier les modalités de remplacement des agents démissionnaires, tandis que le CEP devra préciser les prochaines échéances.

Entre obligation légale, ambitions électorales et accusations de manœuvres partisanes, la gestion des mairies devient ainsi un nouveau sujet de confrontation politique en Haïti.