Des frappes qui se multiplient des deux côtés

Jeudi, les hostilités se sont poursuivies sans répit. Selon la télévision contrôlée par les Houthis, l'aviation saoudienne aurait frappé la province de Hajjah, non loin de la frontière et du littoral de la mer Rouge, ainsi que les abords de Taïz.

De l'autre côté de la frontière, les autorités saoudiennes ont fait état d'un mort et de deux blessés dans la province de Taïf, causés par la chute de débris d'un drone intercepté.

La veille déjà, Riyad affirmait avoir abattu un drone en route vers La Mecque — une accusation que les Houthis ont catégoriquement démentie, assurant n'avoir jamais visé la ville sainte.

Riyad appelle Pékin à la rescousse

C'est sans doute le fait le plus marquant de la journée : selon des informations de Reuters, l'Arabie saoudite aurait demandé à la Chine de peser sur l'Iran, pour que Téhéran use à son tour de son influence sur les Houthis. Pékin aurait relayé la demande auprès des autorités iraniennes, les invitant à contribuer à contenir le mouvement yéménite.

Ce geste diplomatique en dit long sur le niveau d'inquiétude à Riyad, face à des avancées militaires houthies qui se rapprochent dangereusement de la mer Rouge et du détroit de Bab el-Mandeb.

Bab el-Mandeb, nouveau point chaud

Ces derniers jours, les Houthis ont enchaîné les gains territoriaux le long de la côte occidentale du Yémen, consolidant leur emprise près de Bab el-Mandeb — l'un des passages maritimes les plus stratégiques entre la mer Rouge et le golfe d'Aden.

Cette progression fragilise un peu plus les routes empruntées par le pétrole saoudien et une large part du commerce entre l'Asie, le Moyen-Orient et l'Europe. Le détroit reste pour l'instant praticable, mais les menaces pesant sur les navires liés à l'Arabie saoudite continuent d'alimenter les craintes sur les coûts du fret et de l'assurance maritime.

Plus de 100 000 déplacés

Sur le plan humanitaire, la reprise des combats a un prix élevé. D'après l'Associated Press, environ 125 000 personnes ont déjà été poussées à fuir cette nouvelle offensive — parmi elles, plusieurs dizaines de milliers d'enfants. Certaines familles se déplacent à l'intérieur même du Yémen ; d'autres tentent de gagner l'étranger par la mer.

Les organisations humanitaires tirent la sonnette d'alarme : dans plusieurs zones touchées, la nourriture, les abris, les soins médicaux et l'accès à l'eau potable viennent cruellement à manquer.

Le pétrole sous tension

Les turbulences régionales n'épargnent pas non plus les marchés énergétiques. L'Arabie saoudite a dû rediriger une partie de ses exportations, notamment via Oman, le temps de réparer son oléoduc Est-Ouest, endommagé par une attaque de drones.

Malgré tout, les cours du pétrole ont légèrement reculé jeudi, les marchés se montrant en partie rassurés par ces solutions de contournement. Le Brent s'échangeait autour de 103 dollars le baril, selon des données rapportées par Reuters.

Un conflit qui dépasse désormais le seul Yémen

L'affrontement entre Riyad et les Houthis n'est plus une simple guerre civile confinée au territoire yéménite. Il engage directement la sécurité des routes maritimes mondiales, les flux pétroliers, les relations entre l'Arabie saoudite, l'Iran et la Chine, ainsi que la stabilité de tout le Moyen-Orient.

Tous les regards restent désormais tournés vers Bab el-Mandeb : la moindre escalade supplémentaire pourrait avoir des répercussions sur les prix de l'énergie et le commerce international.