Le document S/2026/714, rapport final du Groupe d’experts sur Haïti soumis au Conseil de sécurité, figure parmi les documents officiels de l’ONU. Les investigations couvertes par le rapport s’étendent jusqu’au 10 juillet 2026.
Des munitions de la PNH retrouvées dans les circuits criminels
L’un des principaux sujets de préoccupation concerne la gestion des armes et des munitions.
En 2025, la PNH a saisi 356 armes à feu, selon les informations rapportées par les experts. Mais ceux-ci soulignent l’absence d’un mécanisme centralisé suffisamment efficace pour assurer la gestion et la traçabilité de l’ensemble du matériel saisi.
Le Groupe affirme que certaines armes et munitions non correctement enregistrées auraient été détournées par des policiers corrompus.
Le problème avait déjà été documenté dans un rapport intermédiaire de l’ONU. Les experts avaient constaté la présence de munitions provenant de stocks de la PNH parmi celles utilisées par des gangs. Certains policiers auraient notamment récupéré des munitions inutilisées afin de les revendre illégalement à des gangs, à des groupes d’autodéfense, à des sociétés de sécurité privée ou à des particuliers.
Des agents de l’UDMO dans le viseur
La situation dans l’Artibonite fait l’objet d’une attention particulière.
Selon le rapport final, l’Inspection générale de la PNH enquête sur des activités présumées impliquant des agents de l’Unité départementale de maintien de l’ordre (UDMO) dans cette région.
Les accusations examinées portent notamment sur des détournements de munitions, des collusions présumées avec des gangs et un soutien présumé à des opérations de spoliation foncière.
Un agent est également soupçonné d’avoir été impliqué dans plusieurs exécutions extrajudiciaires à Petite-Rivière-de-l’Artibonite entre septembre 2025 et mars 2026. Parmi les victimes mentionnées figure une adolescente de 14 ans.
Des gangs auraient été avertis avant des opérations policières
Le rapport décrit une autre pratique particulièrement sensible : la fuite d’informations opérationnelles.
D'après les informations recueillies par le Groupe d’experts, certains policiers auraient averti des gangs avant le lancement d’opérations des forces de l’ordre.
D’autres auraient volontairement laissé des membres de gangs prendre la fuite avec leurs otages ou leur auraient communiqué des renseignements sur les déplacements de personnes susceptibles d’être kidnappées.
Ces accusations prennent une dimension particulière alors que les enlèvements restent une source importante de financement pour les organisations criminelles. Pour les seuls mois de janvier et février 2026, les experts ont recensé 143 enlèvements, dont 109 dans le département de l’Ouest.
Des enlèvements commis sous l’apparence des forces de l’ordre
Le phénomène ne se limite pas aux conclusions du rapport final.
Dans son rapport sur la situation des droits humains entre avril et juin 2026, le BINUH indique que certains enlèvements à Port-au-Prince ont été commis ou facilités par des individus portant des uniformes similaires à ceux des forces de l’ordre.
Le 11 juin, notamment, le chef de cabinet du ministre de la Défense et trois membres de sa famille ont été enlevés à Bourdon après l’interception de leur véhicule par des individus portant des uniformes ressemblant à ceux de l’UDMO. Le document parle toutefois d'uniformes similaires et ne permet donc pas, à lui seul, d’établir que les ravisseurs étaient effectivement des policiers.
125 cas d’exécutions extrajudiciaires transmis à l’Inspection générale
Les experts abordent également la question des usages illégaux de la force.
En 2025, la Section des droits humains du BINUH a transmis à l’Inspection générale de la PNH 125 cas d’exécutions extrajudiciaires avérées ou tentées.
Au moment couvert par le rapport, 17 enquêtes avaient été achevées, tandis que les autres étaient toujours en cours.
Une institution engagée contre les gangs, mais confrontée à des risques internes
Les constatations du Groupe d’experts ne mettent pas en cause l’ensemble de la Police nationale d’Haïti.
Le rapport reconnaît parallèlement les opérations conduites par les forces de sécurité contre les groupes armés et relève que les autorités ont réussi à contenir certaines avancées des gangs et à reprendre des positions dans plusieurs secteurs de Port-au-Prince et de Delmas.
Les faits documentés soulèvent néanmoins une question stratégique majeure : comment combattre efficacement les organisations criminelles lorsque des armes, des munitions ou des renseignements policiers peuvent être détournés au profit de ces mêmes réseaux ?
Les éléments concernant les policiers cités dans le rapport doivent être considérés comme des constatations, soupçons ou allégations faisant l’objet d’enquêtes, selon les cas. Ils ne permettent pas d’attribuer ces comportements à l’ensemble de la PNH ni de considérer comme coupables les agents qui n’ont pas fait l’objet d’une condamnation judiciaire.
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