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Les élections présidentielles de 1990 en Haïti et certains candidats.

En Février 1986, Jean Claude Duvalier, fils de l’ancien dictateur François Duvalier, était forcé de quitter Haïti. Son régime était surtout marqué par la violence et l’injustice des tontons macoutes, leur véritable bras de fer. Ainsi après le départ de Jean-Claude Duvalier, un gouvernement militaire fut mis en place, dirigé par le General Henri Namphy, commandant en chef des forces armées d’Haïti. On projeta alors de réaliser les élections en novembre 1987 dont un groupe armé empêcha la réalisation. En dépit de cette contrainte, en janvier 1988, les élections furent réalisées et Leslie Manigat fut déclaré président. Il dirigea le pays entre le 7 février 1988 jusqu’au 20 juin de la même année, renversé par Namphy, qui à son tour fut renversé par Prosper Avril en septembre 1988. Ensuite viendra le tour d’Ertha Pascal –Trouillot première femme présidente d’Haïti entre mars 1990 à 7 février 1991. Elle est surtout connue pour la réalisation des élections démocratiques de 1990 en Haïti.

Pour les élections du 16 décembre 1990, 14 candidats se présentent pour le poste de président. Parmi ces candidats certains ont marqué les esprits soit par leur position économique, leur parcours académique ou leur passé dans l’administration publique ou tout simplement dans la sphère politique haïtienne.
Le cas de Louis Déjoie 2, fils de l’ancien candidat à la présidence lors des élections de 1957 et ancien sénateur de la république posa sa candidature. Il déclara qu’il était inadmissible que des gens ayant signé l’arrêté de condamnation de son père avec la collaboration d’autres citoyens influents du pays puissent déambuler en toute impunité dans le pays et oser aspirer à une fonction publique. Le PAIN (Pati Agricole industriel National) était l’un des plus anciens partis politiques de l’époque et Déjoie à travers ce parti avait pour objectif de renforcer l’agriculture et l’agro-industrie afin d’arriver à l’autosuffisance alimentaire.

Thomas Desulmé, fils de deux paysans de la Croix des bouquets fut un symbole de la lutte contre la dictature de Duvalier dont il était victime. Il orienta sa campagne électorale autour de ce discours : « Je revendique le pouvoir au nom des paysans et des ouvriers, qui ont été oubliés par la république depuis 1804 ». Il planifia comme beaucoup d’autres candidats dans son programme de réparation sociale, de mettre à la portée de tous l’éducation, la santé, et la nourriture. Il prôna aussi la création d’une classe moyenne forte car selon lui, la démocratie est une affaire de classe moyenne, à laquelle la classe était très faible à l’époque. Ce personnage a gravi tous les échelons de la société haïtienne pour devenir un homme d’état. Il fut député, Sénateur, et ministre et a introduit la télévision par câble en Haïti, et les produits en plastiques. C’était donc un visionnaire nationaliste, il créa le Parti National du Travail (PNT), bannière sur laquelle il se présenta aux élections de 1990.

Marc Bazin né en Mars 1932 à Saint Marc, a marqué la vie politique haïtienne. Brillant économiste, il fit ses études en France à l’université de Paris et a débuté sa carrière comme adjoint au ministère des affaires étrangères d’Haïti. De plus, Il a travaillé à la banque mondiale pour laquelle il a participé dans de nombreuses missions sur le continent africain. Il était assistant professeur en loi commerciale à Paris, conseiller technique au département du trésor publique au Maroc, fondateur du mouvement pour l’instauration de la démocratie en Haïti (MIDH) en 1986. Etant ministre des finances dans le gouvernement Duvalier en 1982, il a tenté de lutter contre la corruption, d’où son surnom de ’’ Mister clean’’ Monsieur propre en français. Il a été l’un des favoris aux élections de 1990. Il a bénéficié du soutien du président américain Georges W. Bush. Il avait comme difficulté de communiquer son discours technocratique avec les gens de la classe défavorisée et des campagnards. Et ce sont entre autres les causes de son échec lors de ces élections.
René Théodore né en 1941 à Ouanaminthe dans le département du Nord est sur la frontière Haïtiano—dominicaine un brillant professeur de maths et un militant important du Parti d’entente populaire de Jacques Stephen Alexis. Sur ce, opposant important au régime de François Duvalier, il fut contraint de quitter le pays et de s’exiler en URSS en 1960. Résidé à Moscou, il anima des émissions contre la dictature sous le pseudo de ‘’Lesly’’. Il fut Secrétaire général du Parti Unifié des Communiste Haïtiens ‘PUCH’.

Jean Bertrand Aristide né en 1953 à Arniquet dans une famille d’agriculteurs, a reçu son éducation primaire chez les frères salésiens de Don Bosco dans la capitale haïtienne. En secondaire, il était au collège Notre dame du cap. Puis en 1974, il entra au noviciat en République dominicaine. En 1979 il obtient son diplôme en psychologie à l’université d’Etat d’Haïti. En juillet 1982, il fut ordonné prêtre. En tant que prêtre, il inscrit sa démarche dans la théologie de la libération. Ce courant de pensée voit le jour en Amérique latine, il vise à rendre espoir aux pauvres et aux exclus, en les libérant des mauvaises conditions de vie. Il fut éloigné et exiler du pays par l’archevêque de Port-au-Prince qui était un proche du régime des Duvalier dont Aristide dénonça les dérives et les abus des tontons macoutes. Il fonda l’orphelinat « Fanmi Se lavi » afin d’aider les enfants de rues. Près de son église, Saint Jean Bosco se situe une banlieue de la capitale. Il dénonça les élites économiques du pays et l’impérialisme des USA. Selon lui, l’impérialisme est plus fragile que le sida. Sa personnalité charismatique fait de lui le choix idéal pour le front National pour le changement et la démocratie (FNCD), regroupant 15 organisations de centre gauche. Il centra sa campagne électorale sur la soutenance de l’industrie et l’agriculture pour arriver à l’autosuffisance, en passant par une réforme agraire. Il visait aussi à réorganiser l’administration publique et augmenter le salaire minimum. Il remporta l’élection avec 67.48 % des voix.

Jean Evenx

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